le bois

Cet article  sur l’usage du bois dans l’élevage des vins de Bordeaux traduit exactement  ma pensée Alain cailley

« Au secours ! La tisane de parquet se vend aujourd’hui en bouteilles ! Le goût de chêne neuf est en passe de détruire les appellations d’origine. Une dérive de la viticulture affairiste qui consiste à surboiser le vin pour satisfaire à une mode venue d’outre- Atlantique.

 QUAND LE CONTENANT PRIME SUR LE CONTENU. Le bois n’est pas en soi l’ennemi du vin, bien au contraire. C’est son usage abusif qui le dénature et en uniformise l’expression.

 Le scandale secoue encore le Médoc. La cour d’appel de Bordeaux vient condamner une coopérative, trois domaines bordelais et l’ancien maître de chai de Château Giscours pour avoir artificiellement boisé 4000 hectolitres de vin en faisant mariner des copeaux de bois (1)dans leurs cuves. L’affaire, d’une extrême gravité, montre qu’un nouveau seuil a été franchi dans l’immoralité viticole. S’il ne s’agit pour l’instant que de cinq cas isolés – qui, eux, se sont fait prendre -, de nombreux témoignages nous permettent de croire que cette pratique parfaitement illégale est bien plus répandue qu’on ne le pense. Une dérive de la viticulture affairiste, pervertie par un dogme venu d’outre-Atlantique, n’ayant qu’une obsession : surboiser le vin pour satisfaire à une mode qui se répand comme une épidémie dans tous nos vignobles.

Depuis toujours, le vin a mûri dans des tonneaux. Selon les traditions locales, le sol, le climat, les types de cépage, c’est-à-dire, le terroir, les modes d’élevage varient. Dans certains vignobles, comme le Bordelais ou la Bourgogne, l’utilisation de fûts neufs, renouvelés chaque année ou presque, est devenue la règle majoritaire.

En Touraine ou en Anjou, où l’on produit des blancs somptueux, il n’est pas rare de rencontrer des demi-muids (600 litres) âgés de 50 ans, voir plus. Mais l’on peut aussi se passer totalement du bois, en utilisant des cuves en acier inoxydable (matière parfaitement neutre), auxquelles beaucoup de viticulteurs font appel pour préserver la plus pure expression de la vigne. Autre débat, chacun étant libre du type de vin souhaité.

Autant d’élevage en bois neuf et légitime dans certains cas, voir indiqué pour certains grands crus, autant le recours à ce maquillage, dans le seul but de donner l’illusion d’un vin « racé », est une abomination. En effet, faute de présenter une structure suffisante pour supporter un séjour prolongé en fût de chêne neuf, un vin gardera éternellement son arôme boisé et finira par se dessécher. Le plus grave est que ce goût, dénature et uniformise l’expression du vin. Pis encore, il empêche de faire la distinction entre tel et tel cru. On ne boit plus que de la tisane de parquet. Fourvoyée par certains œnologues, les guides, l’interprofession et les concours corrompus, une partie de la viticulture française a succombé à ce chant des sirènes du mercantilisme, sous l’œil complice de l’Inao.

A ce rythme-là, l’usage dogmatique et systématique du bois neuf, négation absolue du principe des appellations d’origine, qui veut que contenu prime sur le contenant, pourrait bien vite devenir le cercueil du vin français.

C’est un fait, le goût de chêne neuf est devenu un critère commercial. C’est pourquoi les fraudeurs ne prennent même plus la peine de renouveler leur futaille, demeurant fort coûteuse. Les Californiens ont même mis au point des essences de chêne concentrées.

  •  Puisque, à les entendre, l’apport aromatique du bois neuf participe tant au génie du vin, en quoi d’autres variétés n’auraient-elles pas aussi vocation à remplir cette noble fonction ?
  •  A quand des barriques en eucalyptus, en cèdre, en olivier ou en baobab ?

Jusqu’au jour où un nouveau gourou gastro-œnologue décrètera que le goût de bouchon est la panacée du plaisir bachique. Il ne restera plus alors qu’à inventer la barrique de liège. »

article de  Périco LEGASSE Journaliste datant de 2002

(1) désormais cette pratique est autorisée mais bien évidemment sans mention » élevage en barrique sur l’étiquette. »

 

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